Lionel Fontagné et Jean-Hervé Lorenzi

Parution : 11.02.2005

Les auteurs s’attachent à montrer que la désindustrialisation, entendue comme une diminution de la part de l’emploi industriel, est un phénomène assez naturel, dans lequel les délocalisations n’auraient qu’une responsabilité réduite : elle s’expliquerait par des gains de productivité industriels qui restent importants (et sans doute stimulés par l’apparition de nouveaux compétiteurs au Sud) alors que l’élasticité-revenu de la demande de biens industriels est inférieure à 1. Au-delà de ces considérations, les stratégies d’entreprises fournissent aussi des explications à la localisation des unités de production. Plus qu’à une délocalisation systématique on assiste surtout à des réorganisations globales des entreprises : les activités se localisant non plus sur une base sectorielle mais en exploitant au mieux les avantages (coûts, fiscalité, proximité des marchés, etc.) constatés. La réorganisation des processus productifs a donc tendance à spécialiser « le Nord » dans les segments de la chaîne de valeur les plus intensifs en main d’œuvre qualifiée, les phases plus intensives en main d’œuvre non qualifiée étant plutôt localisées « au Sud ». D’après les études référencées dans le rapport, l’ensemble de ces effets paraît avoir un effet global sur l’emploi limité en termes macroéconomiques (qui peuvent néanmoins prendre beaucoup d’importance localement) mais, en revanche, l’impact en est clairement négatif pour les travailleurs non qualifiés.

Quels sont donc les véritables enjeux de la désindustrialisation ? Il s’agit de savoir si le système productif a modifié sa spécialisation productive et sectorielle vers les segments les plus dynamiques de la demande, si la « montée en gamme », reflet des efforts de R&D, est effective et permet de résister à la concurrence par les prix qu’imposent les pays du Sud. C’est donc bien le déclin dans les positions exportatrices françaises sur les segments géographiques ou sectoriels de la demande qui apparaît le plus préoccupant. Une constatation avérée dans le cas français qui conduit les auteurs à émettre quelques propositions de politiques économiques.

Commander le rapport

La lettre Analyses Économiques n° 3/2005 - Février 2005

Le rapport entretient une certaine proximité avec celui sur le financement de la recherche. La désindustrialisation, entendue comme une diminution de la part de l’emploi industriel, y est décrite comme un phénomène assez naturel, dans lequel les délocalisations n’auraient qu’une responsabilité réduite. Elle s’expliquerait par les gains de productivité relativement importants que l’industrie manifeste (ce qui fait baisser les prix relatifs des biens industriels) et par une élasticité-revenu de la demande de biens industriels inférieure à 1. En revanche, ce qui est souligné est le risque de perte de substance industrielle en France (et en Europe) dès lors que nous perdrions une certaine maîtrise de la capacité d’innovation et de formation du capital humain qui empêcherait l’industrie de se positionner sur la « frontière technologique » nous permettant de construire des avantages comparatifs face aux pays du sud en industrialisation rapide. La perte de positions exportatrices françaises sur les marchés en croissance (en Asie notamment) ou sur les produits innovants (biotechnologies, technologies de l’information, etc.) incite les auteurs à placer ici les vrais risques de la désindustrialisation. Un risque face auquel ils font un certain nombre de propositions.

Ce rapport a été discuté en séance plénière du Conseil le 24 juin 2004, puis le 15 novembre 2004 en présence du premier ministre. Cette Lettre oubliée sous la responsabilité de la cellule permanente, reprend les principales conclusions tirées pas les auteurs.