Dominique Bureau, Lionel Fontagné et  Philippe Martin

Dans un contexte de renchérissement prévisible de l’énergie au cours des vingt prochaines années, orienter l’effort d’innovation industrielle et l’offre de biens et services vers des technologies économes en énergie est une nécessité. Toutefois, une hausse des prix de l’énergie plus marquée en France que chez nos concurrents pénaliserait la compétitivité à court terme de l’industrie française.

Cette Note expose les termes de l’arbitrage que doit affronter la France entre la préservation d’un élément significatif de sa compétitivité à court terme (le coût relativement faible de son énergie en particulier électrique) et la nécessaire transformation de ses avantages comparatifs à moyen-long terme (sous l’effet d’une vérité des prix énergétiques).
À partir d’un travail économétrique original portant sur les exportations des entreprises françaises, nous estimons qu’une hausse de 10 % des prix de l’électricité en France réduirait la valeur des exportations en moyenne de 1,9 % et qu’une même augmentation du prix du gaz les réduirait de 1,1 %. La perte de compétitivité est sensiblement plus marquée pour les plus gros exportateurs, particulièrement dans les secteurs fortement dépendants de l’énergie. Cet effet négatif de court terme est à mettre en regard de l’effet de signal d’une hausse des prix de l’énergie sur les spécialisations à moyen-long terme, afin que la France ne reste pas en arrière dans la course à l’innovation « verte ». Nous tirons de cette analyse plusieurs enseignements.
Tout d’abord, il convient d’annoncer la hausse des prix de l’énergie, de manière crédible, afin que les agents économiques l’intègrent dans leurs calculs et réorientent leurs choix de consommation et de production. Afin de limiter les effets négatifs d’un renchérissement de l’énergie sur la compétitivité à court terme, nous recommandons que la taxation supplémentaire de l’énergie soit utilisée pour réduire le coût du travail, une grande prudence quant au rythme de déclassement des équipements nucléaires historiques, dont le coût au KWh est particulièrement performant, une imputation différenciée de la charge de service public en fonction de l’intensité énergétique (comme en Allemagne) et une convergence des approches au niveau européen pour ce qui concerne les coûts de réseau.

Cette Note a été présentée au Premier ministre le jeudi 16 mai 2013.

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