Roger Guesnerie

Parution : 14.01.2003

Les pays industrialisés ont tardivement pris conscience de l’ampleur du phénomène de changement climatique mais ont réagi avec énergie, en prenant des engagements quantitatifs sur les émissions des gaz à effet de serre à Kyoto dès 1997. Mais, depuis, la nécessité d’une lutte ambitieuse contre le réchauffement de la planète a été contestée. Le gouvernement des États-Unis, comme plusieurs experts qui ont trouvé un fort écho dans les médias, font valoir que les coûts sont immédiats, que les gains sont lointains, que consacrer l’effort à d’autres priorités serait préférable. Dix ans après le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro qui avait mobilisé les opinions, les arguments éthiques quant à la nécessité de « maintenir l’intégrité du vaisseau spatial Terre », ne suffisent plus à faire accepter par tous les coûts d’une lutte ambitieuse et rapide contre le changement climatique.

Dans ces controverses faisant intervenir plusieurs disciplines, Roger Guesnerie apporte l’éclairage du spécialiste de l’économie publique. Il montre comment le calcul économique peut aider à opérer des choix de société faisant intervenir quelques unes des questions les plus difficiles, comme l’équité entre générations, la décision en présence de fortes incertitudes et d’irréversibilités, la redistribution des richesses à l’échelle de la planète et la pérennité de règles communes au niveau mondial.

Faut-il lutter dès maintenant contre l’effet de serre ou attendre que de nouvelles techniques résolvent les problèmes comme le propose l’Administration américaine ? Les dommages sont-ils si coûteux ? Quelle est l’ampleur de l’effort qu’il faut mettre en œuvre ? L’architecture de Kyoto est-elle la bonne ? Telles sont les questions que ce rapport aborde, en passant les différents points de vue au crible d’une analyse économique rigoureuse. Cet examen amène Roger Guesnerie à rejeter les principaux arguments des détracteurs d’une action rapide contre l’effet de serre, mais aussi à proposer des améliorations à l’architecture adoptée à Kyoto. Parmi les priorités qu’il identifie figurent l’intégration des pays en développement à l’espace Kyoto grâce à des incitations appropriées, la nécessité d’un effort de recherche européen sur de nouvelles énergies et sur le moyen de capturer le carbone atmosphérique, et l’intérêt qu’il pourrait y avoir à lier les négociations sur le commerce et sur le climat.

Ce rapport est commenté par Paul Champsaur et Alain Lipietz. Il est accompagné de sept compléments qui éclairent les aspects de l’effet de serre suscitant le plus de débats.

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La lettre Analyses Économiques n° 1/2003 - Janvier 2003

Dix années après le Sommet de Rio, où les pays développés ont décidé de réagir à la menace du changement climatique, et alors qu’États-Unis et Europe s’opposent sur la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto où ont été pris des engagements quantitatifs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le rapport de Roger Guesnerie éclaire les enjeux économiques du réchauffement climatique.

L’effet de serre soulève de nombreuses questions de politique économique. Face aux multiples incertitudes sur ses effets, comment agir ? L’architecture de Kyoto est-elle fondamentalement mauvaise, comme le dit l’Administration américaine ? Comment faire pour inciter les pays à participer à l’effort de protection de ce bien collectif qu’est le climat ? Comment protéger la compétitivité des pays qui imposeront des contraintes environnementales à leurs producteurs si d’autres pays s’en affranchissent ? La question soulève en outre des débats éthiques quant à la juste répartition des droits à émettre des polluants au niveau international et la nécessité de concilier une lutte globale avec le rattrapage économique d’une large partie de la planète.